Les souvenirs viennent à moi
M'entourent et m'en veulent
De vouloir oublier la douleur et les émois
Qui ont bâti mes jours, mes mois et mes années
Alors consciente de ce brusque écart de temps
Je me serre entre mes bras entrelacés
Je frissonne de ces tourments
Je pleure de ces larmes versées
Et au-delà des vagues du passé
La tristesse, les joies, les sanglots enterrés
Viennent agresser cette vie malheureuse
Qui a vogué si longtemps sur les eaux marécageuses
Des anges aux visages joufflus regardent de là haut
Mon visage contracté par les ravages de l'hier
Cette pâleur, cette peur ne peuvent nier
La douleur, le désespoir de cette âme si jeune
Mais soudain le minois s'éclaire
D'une sérénité soudaine
Et son expression devient comme une eau claire
Comme si la vie l'avait souffleté
Je pris conscience de ce qui m'entourait
J'ouvris les yeux et je souris
A une vieille femme stupéfaite et l'air confit
De voir une jeune fille au cour si meurtri
Ainsi va la vie
Faite de douleurs mais aussi de merveilles
Telle un bouquet infini
De sentiments dont une abeille
Butine le cour et ne laisse
Dans la bouche qu'un goût amer
Celui d'un fruit mûr dont le jus s'abaisse
Pour ne devenir que fadeur et amertume
Qui ne résume qu'une chose et seulement une
Le parfum de la vie
Car oui !
Malgré toutes nos belles paroles
L'on ne vit que dans le passé
Pour le passé
Comme par lui et pour longtemps l'on est jugé
Alors je vis, nous vivons, tous
Afin de nous construire
Un autrefois différent
Et de cette manière détruire
Celui qui est l'objet de nos tourments
Jusqu'à ce que sérénité règne
Et le cour ne saigne
Comme à ce bref instant
Où je pris conscience de mes blessures
Je sus avec certitude
Que c'était le début d'une longue fin d'une vie de servitude
Dédiée aux douleurs du passé confondu avec l'avenir
Un avenir qui me fera souffrir, haïr
Et marquera sur mon vieux mais pourtant si jeune visage
Des rides douloureuses nullement dues à l'âge

